Porte entr'ouverte

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03 février 2007

Quand le jocrisse étale sa fatuité, les balayures l’accueillent à bras ouverts

Parfois, quelques piliers d’estaminet, après avoir fait des agapes, viennent couler leurs vertes fèces sur Internet. Cette semaine, j’eus l’heur de discuter avec un de ces individus. Quelle chance : il venait d’avaler un purgatif ! Notez, j’aurais du me douter bien plus tôt que, sous ses aspects fantomatiques, se cachait un homme malade. Le prodrome : une critique virulente du sénateur Alain Destexhe. Conséquence : docteur Wali entra en scène. « Monsieur », aurais-je voulu diagnostiquer : « c’est l’idéologie socialiste qui cause ces selles nauséabondes. » Honteux de la désapprobation, il prit soin de tirer la chasse : son blog s’éteignit subitement. Je répondrai donc ici, sur Porte entr’ouverte, aux appels de son cerveau captif.

« Les fonctionnaires paient des impôts », commença l’indisposé, tout en soulageant son prurit rectal. « Au-delà de la retenue existant avant la perception de leur salaire net, à la suite de recevoir leur avertissement extrait de rôle, ils paient un impôt comme tout le monde. »

Cher monsieur, lui répondis-je : il vous faut un antiprurigineux. Je vous conseille le Brindlogik (TM). Certes, certains croient que les fonctionnaires paient des impôts (après tout, l’état prend une partie de leur rémunération), comme d’autres pensent que la démocratie existe bel et bien à Cuba (après tout, les Cubains votent). Toutefois, cela relève d’un faux-sens des plus communs.

L’impôt consiste en un apport (forcé) à la collectivité. Par conséquent, celui-ci ne peut provenir que d’un travail dans le privé – jamais d’une activité publique. En effet, le fonctionnaire prend à la collectivité ; il ne lui apporte rien. Tant bien même sa fiche de paie indiquerait une ponction étatique que cela ne changerait pas le constat : ce prélèvement ne constitue qu’un maigre retour aux sources de la ponction préalablement effectuée par le fonctionnaire sur l’argent honteusement volé au véritable créateur de richesses.

« Maintenant, libre à vous de retourner vivre comme en 1789 », poursuivait fiévreusement l’homme patraque. « Puis-je vous faire remarquer que les sociétés démocratiques ont fait depuis d’énormes progrès pour le plus grand nombre ? »

Cher monsieur, lui répondis-je : je vais vous prescrire un fébrifuge. De la culturine (TM). Je vous avais déjà signalé, lors de la précédente consultation, que la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 était ce qu’on pouvait trouver de mieux, en Europe continentale, pour décrire juridiquement une société libre et démocratique. (En effet : qui donc eût pu mieux rêver la démocratie libre que des individus ayant connu l’horreur de la servitude ?) Dans cette charte, l’on trouvait les principes suivants :

- Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits (article premier).

- Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression (article 2).

- La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de tout homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits (article 4).

Or, il se fait que les progrès que vous mentionnez sont contraires aux principes élémentaires de la déclaration susnommée. Par conséquent, les sociétés que vous évoquez ne peuvent être qualifiées de libres et « démocratiques ».

« Maintenant, si vous ne voulez pas profiter du système… », balbutia-t-il, menaçant. Ses yeux gonflaient. A vue de nez, le purgatif agissait ; une fétide colère se faisait sentir. « Maintenant, si vous ne voulez pas profiter du système, je crois que nous allons commencer par virer vos enfants de l'école et vous empêcher de rouler avec votre voiture sur les routes. Et si vous voulez aller travailler à pied, il vous sera interdit de marcher sur les trottoirs. Et tout ça dans le noir. Ensuite, nous vous demanderons de payer à 100% vos frais médicaux. Il vous sera interdit de faire appel aux services des pompiers, policiers, ambulanciers. Vous ne pourrez plus utiliser le chemin de fer. Et pour votre pension, vous pourrez toujours dormir sous les ponts. »

Je suffoquais : l’odeur était intenable. Pourtant, prenant mon métier à cœur, je restais aux côtés du patient, en tâchant d’articuler quelques paroles sacrées derrière mon mouchoir.

… tout ce que vous voulez, tant que les monopoles publics disparaissent…

… le privé peut s’occuper des installations routières et ferroviaires, du maintien de la sécurité, des soins de santé, des assurances chômages et des pensions, cher monsieur…

… ma vie sera bien mieux gérée, je vous prie de le croire…

Cela ne calmait pas la rage pestilentielle du souffreteux. « Pouvez-vous aussi, s’il vous plaît, rembourser tout ce que l’argent public vous a donné depuis que vous êtes sur cette terre, en commençant par l’accouchement de votre maman ? »

… l’argent public, c’est l’argent de mes parents, âne bâté… (grommelai-je alors que je fouillais mes poches après une solution antirabique.)

Avant que je ne la lui administrasse, il eut encore le temps d’articuler : « S'il n'y avait pas les impôts, en restant dans l'atmosphère de 1789, votre mère vous aurait mis bas dans le caniveau ! Et, en admettant que vous ne soyez pas mort de la peste ou du choléra, vous seriez devenu au mieux, illettré et propriétaire de RIEN, l'ouvrier d'un riche par sa naissance ! »

Et : « Je ne comprends pas comment, en 2006, il existe encore des demeurés pour croire le contraire. »

Et : « bêta, va ! »

Enfin il se tut. Je lui dis alors : désolé. Je ne suis pas compétent en matière de coprolalie. Consultez un spécialiste.

Posté par Wali23783 à 00:18 - Libéralisme - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires

  • Décidément, l'adversaire était une proie facile.
    Histoire de prolonger son agonie, il aurait pu te traiter de nazi, quand même.

    Posté par Ludovic, 03 février 2007 à 16:38
  • Au moins aurait-il gagné un point Godwin...

    Posté par Wali, 03 février 2007 à 20:13
  • Amusant article. Mais c'est toujours aussi désespérant de toujours trouver les mêmes poncifs chez les tenants du tout état. Pourtant, en se lavant les mains régulièrement, en conservant une hygiène intellectuelle minimale, et en mangeant sain, on s'évite toute ces tracasseries de la tuyauterie.

    A quand le Pasteur de la politique ?

    Posté par h16, 10 février 2007 à 17:01

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